MATALI CRASSET : « FAIRE CONFIANCE À UN DESIGNER, C’EST FAIRE ÉMERGER UN SYSTÈME DE PENSÉE GRÂCE À UN OBJET ! »

Qui oserait prétendre que le designer doit se cantonner au dessin de formes nouvelles ? Certainement pas matali crasset qui s’attache à innover et à surprendre projet après projet. Bien au delà du trait, elle suggère de nouvelles logiques dans notre vie quotidienne à travers ses créations.

Designer industriel de formation, elle crée sa propre structure « matali crasset productions » au début des années 2000. Ses domaines d’interventions sont multiples, toujours liés à des rencontres. Elle collabore avec des acteurs variés (artistes, artisans, industriels, particuliers, collectivités, musées…) en tant que designer mais aussi scénographe et artiste.

Comment définiriez-vous votre vision du design ?

Pour moi, c’est avant tout une recherche : il s’agit d’inventer de nouvelles logiques de vie. Je perçois mon métier au-delà du cadre qui consiste à dessiner des formes ! Selon moi, ce métier n’est envisageable qu’en s’impliquant avec une vision très personnelle et en prenant des risques.

Pourquoi, selon vous, le design doit occuper une place de plus en plus importante dans l’industrie ?

Notre rôle de designer a évolué. Parce que nous ne sommes plus seulement là pour dessiner, mais pour apporter une valeur à l’objet, le doter de plein de « possibles », jusqu’à diversifier son usage, créer une nouvelle logique de vie ou une dynamique collective, selon le type de projets.

Comment adaptez-vous votre méthodologie pour concilier votre vision artistique et les contraintes liées à un secteur industriel ?

Le plus important selon moi, c’est l’intention. Selon le partenaire et le secteur concerné, les contraintes et les cadres seront différents, mais la démarche reste la même. Il s’agit d’abord d’observer puis de remettre en cause. La création est un curseur poussé plus ou moins loin dans l’invention pour imaginer un objet qui fait sens par rapport à la vision du partenaire industriel mais aussi par rapport au futur utilisateur !

Quelles sont vos dernières réalisations ?

J’ai réalisé la scénographie de l’exposition « Velvet underground New York exytravaganza» à la Philharmonie de Paris en m’inspirant des codes architecturaux de New-York et de la Factory d’Andy Warhol pour créer un antre, comme un lieu de vie, au sein de l’exposition. Par ailleurs, j’ai imaginé une chaise longue baptisée « Lâcher prise » pour la marque Campeggi. C’est un « meuble-vêtement » qui a des extensions (des poches, des rabats comme un plaid) qui étend donc la fonction propre de cette méridienne… Enfin, j’ai pensé les nouveaux kiosques à journaux de Paris, qui seront implantés prochainement. Le défi était de concevoir à la fois un lieu de travail plus confortable pour les marchands de presse, convivial pour le public tout en étant une micro architecture, un vrai symbole parisien.

En temps que directrice du jury Atlantic pour le radiateur du futur, quelle impulsion souhaitez-vous encourager parmi les projets qui vous seront soumis ?

J’ai d’abord envie de dire que j’aime ce rôle qui me permet de découvrir les univers de ces jeunes designers. J’essaie toujours de récompenser ceux qui prennent des risques ! La frilosité est déjà trop présente autour de nous. Ce type de compétition donne la possibilité de faire confiance à un designer et faire émerger un système de pensée très concrètement : grâce à un objet !